24 Sep

BDO mise sur l'or noir du 21ème siècle

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Le réseau comptable international fait l’acquisition de Bipe, un spécialiste français de l'intelligence économique pour les grands comptes. L’opération devrait toucher aussi les PME clientes de BDO.

"Nous avons monté une base mondiale de 250 millions d’entreprises [sic] dont nous notons le défaut, prétend Pascal Le Merrer, président de la société Bipe. On est capable de vendre cette information d’analyse qui réduit un peu l’asymétrie d’information entre les acteurs, par exemple pour aider une petite entreprise dans le dialogue avec sa banque", ajoute-il. Un service que BDO pourrait fournir directement à ses PME clientes au moment où ce réseau comptable international cherche à faire évoluer ses prestations. "La comptabilité en elle-même aujourd’hui n’a pas de valeur ajoutée pour un dirigeant d’entreprise, diagnostique Philippe Arraou, président de BDO France. Le rapprochement avec Bipe nous permet de revoir notre offre traditionnelle d’expertise comptable, d’expertise sociale et d’audit. Et d'élargir notre offre de conseil. Il faut proposer des systèmes d’information qui mélangent le financier et le non financier", argumente l’ancien n°1 des experts-comptables.

Du grand compte à la PME

Comment l’expertise de Bipe, à l’origine orientée sur les grands comptes, peut-elle être déclinée au niveau des PME ? "Nous sommes arrivés au rating des entreprises via la direction générale de l’armement, raconte Pascal Le Merrer. Elle nous avait demandé de noter les quelques 1000 entreprises de Midi-Pyrénées et d’Aquitaine qui interviennent dans le process de fabrication des avions. Il se trouve que parmi elles, il existe des entreprises d’une dizaine de personnes qui sont sous-traitantes de rang 1 sur les Rafale. D’où un besoin de savoir si elles ne risquaient pas de rencontrer un problème. Pour mesurer cette criticité, nous avons monté une base de données à partir des comptes disponibles via l’Inpi et le greffe du tribunal de commerce", poursuit-t-il. Et quel que soit le secteur d'activité, la connaissance comptable des entreprises, accessible via des registres publics, pourrait être enrichie par celle que BDO possède sur ses clients. Un aspect intéressant pour les jeunes mariés quand on sait que de nombreuses entreprises camouflent, illégalement, en France leurs comptes annuels. Selon une commission sénatoriale, elles étaient 42 % au titre de l’exercice 2013 — Bipe elle-même ne dépose pas toujours ses comptes annuels bien que la société y soit tenue.

Psychologie

En théorie, ce schéma est séducteur. Sur le terrain, il faudra relever plusieurs défis comme le rappelle régulièrement la faible part du conseil facturé séparément par les cabinets comptables, sauf en ce qui concerne les big four. Du côté de l’offre, BDO-Bipe advisory — du nom de l’entité issue de ce mariage — devra faire en sorte de ne pas tomber dans le syndrome du tableau de bord que les professionnels comptables ont souvent du mal à vendre aux entreprises, peut-être parce qu’il laisse de côté la nécessaire relation humaine. Un autre défi à relever est celui de ne pas donner le sentiment de déresponsabiliser le chef d’entreprise, ce qui peut arriver quand on donne un conseil surtout d’ordre stratégique ou managérial mais beaucoup moins sur un conseil d'ordre administratif ou juridique. Et aussi éviter d'être intrusif aux yeux de certains. "Je ne me vois pas recevoir des SMS ou des e-mails chaque matin parce que mon compte bancaire est proche de 0 ou trop élevé ou parce que vous avez détecté des anomalies et que vous considérez être en audit continu", lançait un chef d’entreprise lors de la présentation cet été d’un outil d’audit en temps réel. 

Synergie sur les grands comptes

BDO et Bipe espèrent aussi réaliser des synergies sur les grands comptes. De petite taille — le dernier compte de résultat déposé par Bipe qui ne soit pas confidentiel fait ressortir un chiffre d’affaires de 6,18 millions d’euros pour 2014 —, le Bureau d’Informations et de Prévisions Economiques (Bipe) estime avoir besoin de s’adosser à une structure internationale. Le cachet de BDO, qui repose sur un réseau ayant réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 8,1 milliards de dollars réparti dans 162 pays, devrait effectivement permettre à Bipe de continuer à adresser une clientèle composée essentiellement de grands comptes. Et aussi d’être présent à l’international. "Pour nous, vendre des missions en Chine est un peu plus compliqué qu’en France. Notre siret est à Issy les Moulineaux [département des Hauts de Seine] et nous n’avons pas de business licence en Chine", argumente Pascal Le Merrer.

Développement d’une base mondiale sur la mobilité

Ce spécialiste français de l’intelligence économique compte aussi sur BDO pour développer une base de données de nature non comptable. "Nous avons l’intention dans les actions communes de créer vraisemblablement la plus grande base du monde en matière de mobilité. Avec notre outil world mobility outlook, nous avons déjà les informations sur les 30 plus grandes villes du monde que l’on a classées et que l’on a vendues à tous les constructeurs et équipementiers mondiaux en automobile, avance Pascal Le Merrer. On va vraisemblablement proposer au réseau [BDO] que les bureaux intéressés promeuvent un bout d’analyse sur leurs villes ou leurs zones afin de pouvoir l’intégrer dans notre base. L’outil pourrait ainsi rayonner sur 200, 300, 500 ou 1000 villes à travers le monde", espère-t-il. Avec la donnée, Bipe deviendra-t-il la pépite en or noir de BDO ?

Ludovic Arbelet
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